Les produits phytopharmaceutiques (PPP) sont utilisés surtout pour protéger les végétaux contre les organismes nuisibles, réguler leur croissance et lutter contre les végétaux indésirables. L’exposition à ces substances et à leurs résidus présente des risques pour la santé humaine et l’environnement. La directive 2009/128/CE q impose des plans d’action nationaux[1] en vue de réduire ces risques et d’encourager l’introduction de méthodes de substitution.
L’année 2022 se distingue par un usage particulièrement bas de pesticides
En 2022, les quantités totales de s.a. utilisées en Wallonie (16 cultures considérées) s’élevaient à 972 t, valeur la plus basse observée depuis 2004. Les pommes de terre, le froment d’hiver et les betteraves sucrières constituaient les trois cultures les plus consommatrices (344 t, 235 t et 182 t, respectivement). Les variations des quantités totales observées entre 2004 et 2022 sont principalement attribuables aux pommes de terre, pour lesquelles les pics observés sont essentiellement[2] liés aux conditions météorologiques favorables au développement du mildiou et donc à un recours accru aux fongicides. Les variations observées en froment d’hiver sont surtout liées à des modifications d’usage des s.a. (interdiction de l’isoproturon en 2017 et du chlorothalonil en 2020 p. ex.)[3]. Pour les betteraves sucrières, la tendance à la baisse observée peut être reliée à la diminution des superficies cultivées.
Il faut noter que l’évolution des quantités utilisées n’est pas directement corrélée à celle des risques, ceux-ci dépendant de nombreux facteurs dont la toxicité des s.a.
Quantité totale de substances actives de produits phytopharmaceutiques appliquée sur les principales cultures en Wallonie* (2004 - 2022)
Quantité totale de substances actives de produits phytopharmaceutiques appliquée sur les principales cultures en Wallonie* (2004 - 2022)
* Extrapolation à l'échelle de la Wallonie à partir des données du réseau de comptabilités agricoles du SPW ARNE - DEMNA pour 16 cultures (15 grandes cultures et les prairies permanentes).
* Extrapolation à l'échelle de la Wallonie à partir des données du réseau de comptabilités agricoles du SPW ARNE - DEMNA pour 16 cultures (15 grandes cultures et les prairies permanentes).
En termes de doses, les pommes de terre de conservation présentaient en 2022 la dose d’utilisation la plus élevée (8,7 kg de s.a./ha). Elles étaient suivies par les betteraves sucrières (5,1 kg/ha) et les betteraves fourragères (3,9 kg/ha). Les prairies temporaires et les prairies permanentes se caractérisaient par les doses d’utilisation les plus faibles (respectivement 0,03 kg/ha et 0,04 kg/ha). Entre 2004 et 2022, les doses utilisées présentaient une tendance relativement stable, à l’exception des pommes de terre pour lesquelles les doses ont varié selon les conditions météorologiques. À noter que la baisse observée en 2022 en culture de pommes de terre s’explique principalement par le retrait des autorisations de PPP à base de mancozèbe, un fongicide à large spectre, et leur substitution par d’autres PPP efficaces à plus faible dose.
Dose moyenne de substances actives de produits phytopharmaceutiques appliquée sur les principales cultures en Wallonie* (2004 - 2022)
Dose moyenne de substances actives de produits phytopharmaceutiques appliquée sur les principales cultures en Wallonie* (2004 - 2022)
* Extrapolation à l'échelle de la Wallonie à partir des données du réseau de comptabilités agricoles du SPW ARNE - DEMNA pour 16 cultures (15 grandes cultures et les prairies permanentes).
* Extrapolation à l'échelle de la Wallonie à partir des données du réseau de comptabilités agricoles du SPW ARNE - DEMNA pour 16 cultures (15 grandes cultures et les prairies permanentes).
Pour compléter l’analyse de ces données, il convient de tenir compte des superficies dévolues à ces cultures en Wallonie q. En 2022, les prairies permanentes se démarquaient par l’importance de leurs superficies (258 753 ha) et par des quantités totales de s.a. utilisées réduites (11 t). Le froment d’hiver représentait la 2ème culture la plus importante en termes de superficie (124 553 ha) et de quantités totales de s.a. utilisées (235 t). Quant aux pommes de terre de conservation, elles occupaient une superficie approximativement trois fois plus faible que celle du froment d’hiver (39 502 ha) mais se caractérisaient par les quantités totales de s.a. utilisées les plus élevées (344 t).
Relation entre la quantité totale de substances actives de produits phytopharmaceutiques appliquée sur les principales cultures* et leur superficie en Wallonie (2022)
Relation entre la quantité totale de substances actives de produits phytopharmaceutiques appliquée sur les principales cultures* et leur superficie en Wallonie (2022)
* Extrapolation à l'échelle de la Wallonie à partir des données du réseau de comptabilités agricoles du SPW ARNE - DEMNA pour 16 cultures (15 grandes cultures et les prairies permanentes).
* Extrapolation à l'échelle de la Wallonie à partir des données du réseau de comptabilités agricoles du SPW ARNE - DEMNA pour 16 cultures (15 grandes cultures et les prairies permanentes).
Herbicides et fongicides en tête des utilisations
En 2022, la dose moyenne de s.a. appliquée en grandes cultures en Wallonie (y compris les herbicides utilisés en interculture[4]) s’élevait à 2,8 kg/ha. Les herbicides, défanants et agents antimousse constituaient la principale contribution à cette dose moyenne, avec 1,6 kg/ha, suivis des fongicides et bactéricides, qui représentaient 0,8 kg/ha. Les variations de la dose moyenne observées sur la période 2011 - 2022 s’expliquent par les variations de la dose de fongicides et bactéricides, liées aux conditions météorologiques.
Dose moyenne de substances actives de produits phytopharmaceutiques appliquée en grandes cultures en Wallonie, par grands groupes de substances actives* (2011 - 2022)
Dose moyenne de substances actives de produits phytopharmaceutiques appliquée en grandes cultures en Wallonie, par grands groupes de substances actives* (2011 - 2022)
* Extrapolation à l'échelle de la Wallonie à partir des données du réseau de comptabilités agricoles du SPW ARNE - DEMNA pour 15 grandes cultures (y compris les herbicides utilisés en interculture).
* Extrapolation à l'échelle de la Wallonie à partir des données du réseau de comptabilités agricoles du SPW ARNE - DEMNA pour 15 grandes cultures (y compris les herbicides utilisés en interculture).
Des doses d’utilisation plus élevées dans le nord de la Wallonie
En considérant uniquement les grandes cultures, en 2022, la Région limoneuse, la Région sablo-limoneuse et le Condroz présentaient les doses moyennes d’utilisation les plus élevées, avec 3,4 kg de s.a./ha, 3,1 kg/ha et 2,5 kg/ha respectivement (y compris les herbicides utilisés en interculture). La Haute Ardenne et l’Ardenne affichaient la dose moyenne d’utilisation la plus faible (0,8 kg de s.a./ha). Ces différences s’expliquent par l’importance relative des diverses grandes cultures dans les régions agricoles q : les pommes de terre, les betteraves sucrières et le froment d’hiver sont surtout présents au nord de la Wallonie, alors que les prairies temporaires et le maïs fourrager dominent au sud et à l’est. Par ailleurs, les prairies permanentes (dose moyenne wallonne < 0,2 kg de s.a./ha) dominent la SAU en Famenne, Région herbagère, Ardenne, Haute Ardenne et Région jurassique q.
Dose moyenne de substances actives de produits phytopharmaceutiques appliquée sur les terrains agricoles en Wallonie* (2022)
* Extrapolation à l'échelle de la Wallonie à partir des données du réseau de comptabilités agricoles du SPW ARNE - DEMNA pour 15 grandes cultures (y compris herbicides utilisés en interculture) d'une part et pour les prairies permanentes d'autre part.
** Terrains agricoles non dédiés aux 15 grandes cultures ou aux prairies permanentes, terrains agricoles en agriculture bio, terrains artificialisés, terrains boisés...
Des mesures pour tenter de réduire l'utilisation et les risques des PPP
En Wallonie, plusieurs mesures ont été mises en œuvre pour réduire l’utilisation et les risques liés aux PPP, notamment via les programmes wallons de réduction des pesticides (PWRP) successifs : PWRP 2013 - 2017 q, PWRP 2018 - 2022 q et PWRP 2023 - 2027 q. Parmi les mesures concrètes figurent l’instauration d’une zone tampon de 6 m le long des eaux de surface (depuis le 01/09/2014) q et l’interdiction d’utiliser des PPP dans les espaces publics (depuis le 01/06/2019) q. D’autres plans wallons peuvent également contribuer à cet objectif : le Plan de développement de la production biologique en Wallonie à l’horizon 2030[5], le Plan stratégique wallon relatif à la PAC 2023 - 2027 q et les Plans de gestion des districts hydrographiques (PGDH) q.
Le PWRP 2023 - 2027 q vise une réduction de 50 % de "l’empreinte pesticides" en Wallonie d’ici 2030. Cette ambition s’inscrit dans le cadre des objectifs européens définis par la Stratégie "De la ferme à la table" (Farm to Fork Strategy) q, à savoir une réduction de 50 % de l’utilisation et des risques liés aux PPP chimiques, ainsi que de l’utilisation des PPP les plus dangereux d’ici 2030 par rapport à la moyenne de la période 2015 - 2017[6]. Cependant, la proposition de règlement européen qui devait rendre ces objectifs contraignants a été rejetée par le Parlement européen fin 2023, et son retrait a ensuite été annoncé en 2024. Par ailleurs, en 2025, la Cour des Comptes a réalisé un audit de la politique wallonne en matière d’utilisation durable des pesticides(b), incluant une analyse du PWRP 2023 - 2027. Dans son rapport, la Cour a estimé que l’objectif de réduction de 50 % était inopérant, étant donné notamment l’absence de définition précise de cet objectif, le manque de trajectoire claire pour l’atteindre et l’absence d’évaluation de l’efficacité des mesures prises. À une échelle plus large, la Cour a également relevé un manque de cohérence et d’intégration entre les différents plans régionaux censés contribuer à la réduction des utilisations.
[1] En Belgique, le plan d’action national (Nationaal actie plan d’action national, NAPAN) comprend un plan d’action fédéral et un plan d’action pour chaque Région. Le Programme wallon de réduction des pesticides (PWRP) constitue le plan d’action wallon.
[2] À noter toutefois que les superficies wallonnes consacrées aux cultures de pommes de terre étaient globalement en augmentation au cours de la période 2004 - 2022.
[3] Sur la période 2004 - 2022, les superficies wallonnes consacrées au froment étaient globalement stables (entre 120 000 ha et 140 000 ha).
[4] En 2022, l’herbicide le plus utilisé en interculture était le glyphosate (97 % des quantités d’herbicides utilisées en interculture, soit 68 t). Il est principalement utilisé pour la suppression du couvert végétal des cultures intermédiaires et le désherbage des adventices avant l'implantation d'une culture principale.
[5] Pour plus d’informations, voir le Plan de développement de la production biologique en Wallonie à l’horizon 2030 q et la fiche d’indicateurs "Agriculture biologique" q.
[6] Pour plus d’informations, consulter la page internet de la Commission européenne dédiée aux objectifs de la Stratégie "De la ferme à la table" pour les pesticides q.
Évaluation
Évaluation de l'état non réalisable et tendance globalement stable
Pas de référentiel.
Le Programme wallon de réduction des pesticides (PWRP) 2018 - 2022 q ne contenait pas d’objectifs chiffrés concernant les quantités de substances actives (s.a.) de produits phytopharmaceutiques (PPP) utilisées.
Les objectifs non contraignants de la Stratégie "De la ferme à la table" (Farm to Fork Strategy q) sont fixés à l’horizon 2030 (réduction de 50 % de l’utilisation et des risques des PPP chimiques ainsi que de l’utilisation des PPP les plus dangereux d’ici 2030 par rapport à la moyenne de la période 2015 - 2017).
Entre 2004 et 2022, les quantités totales de s.a. de PPP utilisées sur les principales cultures wallonnes (16 cultures considérées, représentant 93 % de la SAU wallonne en agriculture conventionnelle en 2022) ont oscillé entre 972 t de s.a. (valeur min., en 2022) et 1 664 t de s.a. (valeur max., en 2016). Les variations étaient principalement liées aux conditions météorologiques.
En toute rigueur, l’évaluation de la tendance devrait toutefois tenir compte des quantités utilisées par le secteur agricole wallon toutes cultures confondues, ainsi que des quantités utilisées par les autres types d’utilisateurs en Wallonie.
Il faut noter qu’une diminution des quantités utilisées ne signifie pas pour autant une diminution des risques liés à l’utilisation des PPP, le risque étant fonction de nombreux facteurs dont la toxicité des s.a.
Évaluation